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Calendrier LOGO 2026 –Juin: Lawrence Lemieux

Posted by Marco Cimmino in Calendrier, Nouvelles on 6 2025

Le 24 septembre 1988 aux Jeux Olympiques de Séoul, Larry Lemieux écrit une page épique dans l’histoire du sport, renonçant à tout en échange de la gloire éternelle. Cette histoire est celle d’un gentleman qui démontre comment il faut parfois perdre pour gagner.

Ce canadien d’Edmonton, né en 55, représente en tout et pour tout le portrait d’un homme de la mer: cheveux ondulés par la génétique et par le vent, rides d’expression sur une peau toujours violacée comme celle d’une personne qui scrute tous les jours l’horizon qui plonge dans le miroir de la mer, et une belle moustache que l’on aime imaginer imprégnée de sel et d’histoires à raconter.

Dernier d’une fratrie de six, Lawrence commence à pratiquer la voile, enfant, sur le Lac Wabamun à l’ouest d’Edmonton. Aux Jeux Olympiques il arrive à finir sur le podium, mais, déterminé, il décide de retenter à Séoul, cette fois sûr de lui et prêt à recevoir la médaille d’or.

Un gentleman appelé Larry Lemieux: quand pour gagner il faut perdre

Pour obtenir le succès sur terre, ou plutôt en mer sud-coréenne, Larry doit terminer une série de sept courses, et en fonction du temps accumulé, et de la position atteinte par rapport à ses adversaires, il aurait obtenu, ou non, la victoire finale. En cette fin de journée calme de fin septembre, la cinquième course était sur le point de commencer. Le vent est modéré, autour des 10-15 nœuds, parfait pour les courses de voile de la compétition mondiale. Ce jour-là, les deux régates, appartenant à la catégorie 470 (bateaux d’environ 7 mètres avec un équipage de deux personnes) et Finn (dimensions sous les 5 mètres et en solitaire), auraient lieu en même temps.

Lawrence Lemieux participe à la deuxième catégorie. En solitaire.

La situation pour Larry est optimale: grâce aux bons temps des sessions précédentes, il se trouvait à deux régates de la fin, dans les conditions pour obtenir une place sur le podium presque assurée, s’il avait terminé la course du jour sur la même lancée que les précédentes.

Sur le visage du navigateur canadien, l’assurance d’une personne qui s’est entraînée toute une vie pour des moments de ce genre.

La course commence et les prémisses se confirment: le bateau de Lemieux avance merveilleusement bien et, avec le vent en poupe, il dépasse ses adversaires, se retrouvant en deuxième position. Il suffira de bien gérer le final et personne ne pouvait pu lui ravir sa place sur le podium.

Mais, presque envieux de cette victoire annoncée, le vent devient le protagoniste de notre histoire et change pour toujours le sort et le destin de Larry Lamieux.

Avec 35 nœuds de puissance, il commence à souffler sur la mer et sur les bateaux, qui ressemblent à des feuilles qui dansent, à des danseurs ivres. Les vagues deviennent de plus en plus constantes, hautes et menaçantes. Notre héros tient bon et continue la régate. La médaille est à portée de main et le changement de climat inattendu ne pourra et ne devra pas ruiner les plans de notre inattendu.

Mais, à proximité du tour de bouée, Larry aperçoit entre le ressac des vagues deux figures en proie aux fougues de la mer et, plus loin, un bateau endommagé et retourné. C’est le 470 de l’équipe de Singapour qui était en train de participer à la course de l’autre catégorie.

« La première règle de la voile est que, si vous voyez quelqu’un en difficulté, vous devez l’aider »

Larry n’y réfléchit pas à deux fois, quitte la trajectoire de régate et se dirige rapidement vers les deux malheureux. Avec un héroisme extrême, il récupère les deux jeunes, dont un blessé, en proie à la furie de la mer. Les deux hissés à bord, Larry arrive à maintenir la stabilité de son bateau malgré les vents contraires et, non sans efforts, attend l’arrivée d’un bateau coréen de secours pour récupérer les deux athlètes olympiques accidentés et épuisés.

Sa performance est alors compromise: il retourne dans la course pour honorer la compétition, terminant son parcours à la vingt-et-unième place. Dans les yeux de Lemieux la déception d’avoir perdu une occasion à ne pas rater, mais la conviction d’avoir fait ce qu’il fallait, en pensant à la sécurité de ses confrères avant sa victoire personnelle.

Mais parfois, un geste honnête et loyal, digne d’un vrai homme, attire plus qu’une performance sportive de haut niveau.

Au beau milieu de la remise des médailles, le Président du Comité Olympique International prend la parole et s’adresse à Larry Lemieux.

« De par votre fairplay, votre sacrifice et le courage démontré, vous avez représenté pleinement les idéaux des Jeux Olympiques »

Suite à cette démontration de respect public et mondial, il a reçu le prix Pierre De Coubertin, précisément créé pour immortaliser tous les gestes et les athlètes qui avec leurs actions se sont distingués par leur fairplay et leur loyauté envers les adversaires et pour leur esprit sportif.

Le sourire de Larry s’élargit jusqu’à exploser sous l’épaisse moustache qui couvre son visage. Le premier, et jusqu’à maintenant le seul, canadien à recevoir une reconnaissance de ce genre, et le deuxième à qui il avait été remis au cours de l’histoire.

Après les Jeux Olympiques de Séoul de 1988, Lemieux a continué la compétition, n’arrivant plus à gagner de médaille olympique, mais obtenant quelques résultats satisfaisants dont la première place aux Championnats d’Europe de Finn.

Après son retrait de la compétition, il est devenu entraîneur de voile. Il vit avec sa famille à Seba Beach à Alberta, une région du Canada. Sa maison se trouve à proximité du lac Wabamun, le bassin où il a commencé à lutter contre le vent lorsqu’il était enfant.

Le jour où la mer voulut emporter le destin de Larry, celui-ci perdit une médaille qui lui était destinée, mais trouva la gloire de la façon la plus inattendue, et la plus correcte.

Parce que l’on devient un vainqueur, mais l’on naît gentleman. Et Larry Lemieux est l’un d’entre eux.